Relations Internationales

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George W. Bush : « instants décisifs », novembre 2010, PLON

Ecrit par 015035 le 20 septembre 2016

Selon l’approche réaliste, les dirigeants politiques sur la scène internationale prennent des décisions afin d’atteindre un objectif stratégique étant donné un rapport de force déterminé. Les informations qui alimentent le processus de décision sont donc déterminantes sur le résultat de cette activité.

Les mémoires de l’ancien président sont un document qui nous livre la perception de ces rapports de force par celui qui à pris et implémenter l’une des décisions, l’invasion de l’Irak en 2003, dont les conséquences sont encore très prégnantes sur notre quotidien de 2016.

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Je vous propose un résumé des chapitres sur l’Irak (8 Irak) et les renforts (12 Surge) qui portent sur cette décision structurante pour la société internationale.

De l’invasion à l’échec

La déclaration et le paradigme

La déclaration de guerre des Etats-Unis à l’encontre de l’Irak  est prononcée le mercredi 19 mars 2003 par le pdt W. Bush sur la base de sa croyance que si Saddam Hussein n’a rien cédé face à l’ultimatum de la communauté internationale, c’est qu’il cache quelque chose de tellement important qu’il est prêt à faire la guerre pour garder son secret. Plus précisément, selon les renseignements américains il s’agirait d’armes de destruction massive (WMD). Cette menace était devenue insupportable depuis le 11/9, le bureau ovale débordait chaque jour de nouvelles menaces de la part des gouvernements qui soutenaient des groupes terroristes, des gouvernements hostiles dotés de moyens significatifs, des pays qui contournaient simplement les exigences internationales afin d’acquérir des WMD et devenir des ennemis mortels pour l’Amérique, des groupes violents non étatiques, etc. Ces menaces sont structurées par un « axe du mal » qui synthétise la relation entre des gouvernements, des groupes terroristes et les possibilités des WMD.

Le pdt W. Bush était sous la contrainte d’agir en permanence pour tenter de réduire les risques qui pesaient sur les Etats-Unis depuis cette attaque qui l’avait forcé à reconsidérer tous les menaces : « je m’étais juré de faire tout ce qui serait nécessaire pour protéger le pays ».

Généalogie de l’élaboration de la menace

La menace irakienne datait de 1990 et l’invasion du Koweit qui avait transformé le régime baasiste et son leader en « hérétique » pour avoir mis en danger le nouvel ordre hégémonique qui se mettait en place à l’époque avec la fin de la Guerre Froide. Ce statut avait été constamment renforcé par l’administration Clinton (Irak liberation act). La justification principale était la brutalité de ce régime qui avait utilisé des armes chimiques contre des populations civiles et les renseignements qui établissaient la croyance en la relance des programmes irakiens d’armes bactériologiques et chimiques depuis la fin des inspections de l’ONU en 1998.

La stratégie : la diplomatie coercitive

Cette approche repose sur la capacité à rassembler une coalition de pays et préparer une solution militaire crédible. C’est l’une des stratégies les plus difficiles à mettre en œuvre et dont le taux de succès est le plus faible car il s’agit d’obtenir un changement de comportement visible de l’adversaire. Celui-ci perd donc publiquement la face sur la scène internationale ; pour un leader comme S. Hussein cela signifie la fin du régime politique irakien. La disparition du parti Baas sunnite et un renversement du rapport de force politique dans la population irakienne multiethnique, majoritairement chiite. L’échec de cette stratégie c’est le recours effectif à la force !

L’établissement d’une coalition, avec l’aide du premier ministre britannique T. Blair déboucha sur une 30 de pays alliés pour la circonstance, malgré l’absence de plusieurs grandes puissances : Chine, Russie, Allemagne et France.

L’objectif stratégique : la démocratie pour tous !

L’objectif poursuivi était l’établissement d’une démocratie libérale au cœur du Moyen Orient afin de réduire la capacité de mobilisation de l’islamisme. Ainsi, le plan de reconstruction de l’Irak après la chute du régime politique couvre dix secteurs essentiels d’un pays : éducation, santé, accès à l’eau, accès à l’électricité, logement, transport, gouvernance, état de droit, agriculture, communication et politique économique. En 2005 le cyclone Katrina illustrera l’incapacité de l’administration fédérale à gérer les conséquences d’une catastrophe naturelle sur l’un des 50 états de son territoire et de sa population, mais celle-ci à l’ambition de construire une démocratie à l’autre bout du monde pour une population étrangère ! La variable critique c’est la délégation de pouvoir qui sera mis en place entre les forces américaines et les acteurs locaux. L’échec de l’atteinte de cet objectif selon le dir. De la CIA G. Tenet serait la déstabilisation de la région par l’Iran à l’aide du Hezbollah et de la Syrie.

Ainsi, la stratégie des adversaires iraniens sera d’empêcher l’installation d’un régime démocratique en faisant de l’Irak un théâtre d’opération où la victoire est impossible afin de retourner l’opinion publique et d’obtenir le retrait des troupes… comme au Vietnam il y a quelques décennies.

La séquence des événements

Le pdt W. Bush obtient l’autorisation du Congrès en oct 2002. Il tente d’obtenir une autorisation de l’UNSC en février 2003. Le Sec. d’état C. Powell tente de convaincre la communauté internationale de la réalité de la menace irakienne à partir des renseignements américains et britanniques sans succès.

Enfin les intellectuels soutiennent dans la sphère public la dimension morale de l’intervention américaine à l’aune des « droit de l’homme », E. Wiesel encouragea le pdt : « M. le pdt vous avez le devoir moral d’agir contre le Mal. »

Il annonce sa décision d’invasion le 19 mars 2003. La victoire est la plus rapide de toute l’histoire militaire américaine. Le 1er mai 2003 le pdt W. Bush fait un discours de victoire finale sur l’USS Lincoln.

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En 2003, quelques semaines après avoir déclenché l’invasion de l’Irak, le pdt W. Bush prend la parole sur l’USS Abraham Lincoln devant une bannière « Mission accomplie », la seconde guerre américaine en Irak commencera réellement quelques jours après !

Mais quelques semaines après la libération de Bagdad le représentant américain de la coalition P. Bremer interdit aux membres du Parti Baas d’exercer un emploi public et il démobilise l’armée. C’est l’effondrement des forces de sécurité (armée/police/justice) qui assure la paix civile et le basculement des sunnites dans le camp des adversaires aux troupes américaines qui aimante tous les djihadistes. L’Irak devient une zone de non-droit ou règne la violence hobbesienne de tous contre tous.

De plus, à l’automne 2003 aucune WMD n’a été trouvé ce qui finit de détruire la crédibilité de la décision d’invasion du pdt W. Bush. L’opinion public, le peuple américain, les soldats et le peuple irakien est atteinte.

Hussein n’a pas cédé à l’ultimatum américain car il craignait plus de perdre sa légitimité aux yeux des irakiens et de paraitre faible vis-à-vis de son ennemi mortel iranien que d’être renversé par la coalition.

De l’échec à l’impasse : de l’impossibilité de retirer les troupes américaines qui sont devenues la clé de voûte de la sécurité régionale

La contre attaque : les renforts

En septembre 2006 la situation irakienne est un échec total ! L’après guerre en Irak n’a rien de commun avec celle de l’Allemagne ou du Japon. Au contraire, la division multiconfessionnelle instable de l’Irak dans un environnement régional de rapport de force anciens et très actifs à offert aux adversaires des américains un large éventail de tactiques pour atteindre leur objectif stratégique : rendre la démocratie impossible grâce à une violence permanente.

A cette époque il y avait 10 000 djihadistes et plus de 2500 morts américains depuis 2003.

A l’origine de cette situation il y a la croyance du président W. Bush que la société civile est un acteur politique alors qu’elle n’est qu’un environnement social. En 2005, 3 élections démocratiques avait produit un régime irakien constitutionnel ratifié à 79%. Mais dans ce décor, l’Iran et les djihadistes favorisèrent les violences entre sunnites et chiites avec l’attentat de la mosquée d’Or de Sumarra en février 2006.

Le conseiller à la sécurité national du pdt, Steve Hadley suggéra alors d’envoyer plus d’homme pour rétablir la paix civil comme le demandait les officiers sur le terrain. Le col. McMaster à Tal Afar avait fait fuir les djihadistes et il a développé les institutions locales en occupant le terrain de façon visible. Le Gl Petreaus pratiquait et recommandait cette stratégie, la sécurité d’abord et le régime politique ensuite. Selon l’ambassadeur américain, R. Crocker : « au bout du compte, la façon dont nous quitterons l’Irak et ce que nous laisserons derrière nous sera plus important que la manière dont nous y sommes arrivés. »

En s’appuyant sur sa conviction qu’il menait une guerre juste, le pdt envoya plus de 20 000 soldats en renfort, surtout à Bagdad et à Anbar en janvier 2007. Le résultat est un succès, le nombre de renseignements fournit par la population passe de 12 500 en février 2007 à 25 000 en mai 2007 et le nombre de morts civils irakiens baisse de 45%.

Selon le pdt W. Bush : « tout américain ayant servi en Irak a contribué à rendre notre nationa plus sûre, a donne la chance à 25 millions de personnes de vivre libres, et a modifié le futur du Moyen Orient pour des générations à venir. Il nous est arrivé de nous tromper en Irak, mais cette cause-là sera toujours justifiée. »

En janvier 2009 le nouveau pdt B. Obama est confronté à cette impasse, les forces américaines sont la clé de voûte de la paix civile irakienne encerclée par des puissances régionales opposées à l’établissement d’une démocratie libérale. En mars 2010 il dénombre 4 229 morts et 30 000 blessés cumulés depuis 2003. Le retrait américain prend fin en décembre 2011 conformément à la promesse de campagne du pdt Obama… l’Etat islamique et la Russie sont les acteurs émergents de la sécurité régionale

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