Relations Internationales

Des clés pour comprendre les relations entre les Etats, les organisations, les entreprises et les sujets transverses : conflits, intelligence économique, énergie, environnement, mouvement de populations, développement, etc.

Résumé : A. Cotta, Le capitalisme dans tous ses états

Ecrit par 015035 le 11 avril 2016

Alors que les révélations concernant les paradis fiscaux, la corruption d’organisations internationales, etc. remplissent les unes des media mainstream sans provoquer le moindre étonnement chez les lecteurs, il est utile de se rappeler que certains économistes avaient clairement anticipé cette situation de la société internationale dès 1991 et les débuts de la globalisation des marchés. C’est le cas d’Alain Cotta à travers son brillant essai « Le capitalisme dans tous ses états ». Il s’est placé du point de vue du « corporatisme » et des rapports de force entre les dirigeants de l’Etat et ceux des entreprises et il a magistralement décrit les mécanismes de la globalisation des marchés et la dynamique des phénomènes que nous observons aujourd’hui sur la scène internationale. Cela valide a posteriori l’utilité des concepts de cette approche de l’économie orienté sur l’analyse des stratégies de puissance des acteurs économiques et leurs relations avec les acteurs étatiques. Ainsi, nous proposons un résumé de cette analyse perspicace afin de rappeler toute son actualité.

Cotta

Alain Cotta (Diplômé d’HEC, agrégé de droit et de sciences économiques, professeur à l’Université Dauphine)

Le monopole de l’Etat et son intervention permet de protéger les industries naissantes, de rendre les productions vitales indépendantes des intérêts privés, d’empêcher les constitutions de monopoles nationaux ou étranger et enfin de sanctionner des stratégies individuelles préjudiciables à l’intérêt général. Cependant, le monopole de l’Etat conduit à des abus qui font supporter aux consommateurs des défauts de qualité et des prix injustifiés qui reflète la faible productivité du travail.

La privatisation c’est des pans entiers du domaine public qui passent sous une initiatives privée. Le phénomène de privatisation est rapide et général, en moins d’une décennie le secteur public a massivement diminué. De plus, la déréglementation ne s’accompagne pas de contraintes sur la qualité ce qui permet de produire des biens et des services qui coûtent de plus en plus chers et dont la valeur ajouté diminue. Enfin, dans la réalité, rien ne ressemble autant à une monopole public qu’un monopole privé. Ainsi les entreprises ont augmenté des nouvelles opportunités d’enrichissement sans amélioration notables du confort des citoyens.

Ce phénomèn de privatisation a conduit à un changement durable des choix professionnels des élites. La privatisation était organisée par des fonctionnaires qui prenaient la mesure des rémunérations comparées entre le secteur public et privé.

Ainsi, le capitalisme a définitivement évolué vers le corporatisme en recourant à des idéologies caricaturales dont la finalité est justement d’opposer la nécessité du contrôle public ou des initiatives privées.

L’enjeu de ce phénomène de privatisation est le rôle qu’il convient de laisser à l’Etat, la véritable organisation sociale. Le corporatisme, le contrôle ou son absence par la force publique des activités privées, a permit d’adapter le rôle de l’Etat tout au long de l’histoire économique du capitalisme. Ce choix ouvert en permanence à nos sociétés porte sur l’intensité et les modes de délégation de ce contrôle entre l’Etat et les entreprises.

Ainsi, la nationalisation des chaines de télévision mettait la communication politique de l’Etat à l’abri des pouvoirs économiques et de ne pas subir cette dépendance. Avec la privatisation de la communication télévisée, cette institution essentielle à la cohésion et à la stabilité sociale, est devenue un instrument d’influence des dirigeants économiques sur les dirigeants politiques. Il n’est plus possible d’exercer la moindre fonction élective sans y être autorisé au préalable par la télévision pour y construire son image.

Finalement, les entreprises et les institutions financières ont reconstitué l’intégrité de leur position de pouvoir dans la société à l’égard du personnel politique qui doit solliciter l’accès à la sphère publique.

Krach

L’enjeu politique de l’économie c’est la délégation de pouvoir de la société aux dirigeants économiques qui accomplissent leur tâche de production de richesses efficace grâce à l’inégalité – (le krach de 1873 et la déstabilisation de l’ordre social lorsque les dirigeants économique sont défaillants)

A ce phénomène interne aux sociétés du bloc de l’ouest dans les années 1980, il faut ajouter la fin de la Guerre Froide qui a offert l’opportunité aux dirigeants économiques de globaliser les marchés financiers et l’ensemble des secteurs économiques.

En prennant appuie sur les nouveaux leviers de pouvoir qu’ils ont acquis à travers les privatisations et la déréglementation, les dirigeants économiques sont passés de l’épargne individuelle qui alimentait les entreprises à des marchés financiers globaux pour créer les signes monétaires dont ils avaient besoin.

LA cration de ces nouveaux marchés est le résultat de la rupture technologique des NTIC qui a rendu possible la globalisation des marchés de signes monétaires. Celle-ci s’est accompagnée de la déréglementation nécessaire pour autoriser ces nouveaux acteurs a accéder à l’épargne des particuliers et justifier ainsi le développement de ces nouvelles activités financières : titrisation, déintermédiation et mobiliérisation. De plus, l’élvation du taux d’intérêt réel à 5% depuis le début des années 1980 à la suite du déficit budgétaire américain conduit à un doublement du capital en 15 ans, d’où l’augmentation du colume de l’épargne disponible pour alimenter ces nouveaux services financiers.

Ainsi, les activités d’avant cette globalisation représente moins de 5% des opérations des institutions financières aujourd’hui.

Cette extension des mécanismes financiers à conduit à la financiarisation de la société, ie toutes des décisions sont guidées par des considérations financières. Par exemple, les dirigeants d’entreprises ont vu leur revenu explosé afin que les actionnaires soit assuré de la vigilance et de la préoccupation permanente des managers quant à la rentabilité financière des entreprises. Les critères financiers occupent le sommet de la hiérarchie des pouvoirs de décisions. Les actionnaires contrôlent la propriété avec une concentration accrue et une centralisation toujours plus forte des décisions économiques. C’est une structure oligopolistique à l’échelle globale qui s’est mise en place.

Finance

La globalisation des marchés financiers a permis la diffusion des mécanismes de libre entreprise, même au sein de régime non démocratique qui illustre la force de la libre entreprise comme système de production de richesses et de légitimation d’un régime politique quelque soit sa nature

Cette financiarisation des processus de décision s’est accompagné d’une diffusion de la corruption qui constitue une formidable régression économique et qui souligne a contrario l’importance de l’éthique protestante pour la force morale du capitalisme et son acceptabilité universelle comme l’avait bien vu M. Weber.

En effet, la financiarisation a rendu les fonctionnaires et les technocrates accessibles aux propositions des nouveaux corrupteurs, les dirigeants économiques. Lors de la privatisation ils ont pris conscience du potentiel offert par les entreprises et les institutions financières.

Au sommet de la pyramide sociale et économique se constitue ainsi une élite technicienne dont les membres utilisent leurs réseaux relationnels pour s’assurer mutuellement des avantages financiers.

L’enjeu de ce mouvement pour la société internationale est la limite de la concentration de ces réseaux relationnels en l’absence des acteurs publiques qui se retirent de la scène internationale et le développement d’une compétition entre ces réseaux.

En effet, la légitimité des dirigeants politiques provient des objectifs de la fonction qu’ils assurent. Autrefois s’était l’affirmation de la Nation et son unité. Ensuite elle a évolué vers le maintient de la croissance économique et l’accumulation des biens contribuant au confort des citoyens et comme préalable à l’ordre social.

Cependant, la fin de la gratuité de l’énergie en 1973 a contraint les pays dépendants à transfèrer une part grandissante de leur richesse aux fournisseurs de pétrole et de gaz. Les dirigeants politiques ont dû répartir le poids des sacrifices afin de maintenir l’ordre social

La trajectoire qui aurait permis cet objectif était une diminution de la consommation et un accroissement de l’investissement productifs, une diminution des salaires et un accroissement de la rentabilité du capital, ne augmentation de la durée du travail.

Au contraire, les dirigeants politiques ont tenté de maintenir la croissance et les salaires ce qui a conduit au chômage et à l’accroissement de inégalités qui déstabilisent l’ordre social.

Chomage

Les dirigeants politiques doivent exercer leur pouvoir lorsque l’ordre social est menacé par les déstabilisations de la production économique

Cette incapacité a modifier la trajectoire de la société conduit à un accord général sur l’opportunité de nouvelles institutions publiques pour suppléer les Etats. Les dirigeants économiques sollicitent le concours d’organisations sociales de plus en plus variées pour atteindre leurs objectifs de rentabilité financière et de développement des marchés.

Cette délégation en amont des pouvoirs nationaux pour traiter les questions insolubles par les gouvernements (car ils n’ont pas les moyens d’agir), par exemple l’ONU ou le FMI, accompagnent la globalisation des marchés mise en œuvre par un petite nombre d’oligopoles spécialisés.

Le monopole des moyens diplomatico militaires par le gouvernement américain a rendu possible cette délégation des Etats vers les organisations internationales, car la guerre devenait du ressort exclusif de la puissance hégémonique.

L’enjeu c’est la disparité des forces entre les organisations en présence, entreprises, organisation internationales, Etats, qui substitue une guerre économique à la guerre conventionnelle, chaque Nation ayant pour objectif de faire droit à sa contrainte extérieure afin de protéger et d’assurer la survie de son ordre social.

Concepts

La cartographie des acteurs (rectangle) et des phénomènes sociaux (ovale) examinés par l’approche d’A. Cotta, le corporatisme

 

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