Relations Internationales

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Note de synthèse : L’instrumentalisation des matières premières, un contre argument

Ecrit par 015035 le 12 juillet 2010

Est-ce un signe des temps de rareté ? La dernière campagne médiatique de l’administration Obama pour convaincre ses partenaires et la Communauté Internationale de partager le lourd fardeau du problème de sécurité collective posé par l’Afghanistan fit un rapide pschitt avant de quitter la sphère médiatique ! Néanmoins, l’instrumentalisation des matières premières pour convaincre la Communauté des pays industrialisés et émergents de s’impliquer dans la sécurisation de l’Afghanistan est une stratégie avec un avenir prometteur dans un système international caractérisé par la rareté des ressources. Je vous propose une note de synthèse sur cette campagne médiatique afin de pouvoir décrypter les prochaines à venir.

 

Carte des richesses minérales présentée par le New York Times

  

Selon le New York Times du 14 juin 2010, l’Afghanistan recèlerai $1 trillion de ressources minérales non exploitées. Un véritable trésor pour une économie mondiale soumise à une rareté croissante des matières premières. Cette nouvelle est directement corrélée à l’état de la situation diplomatique et militaire en Afghanistan. Les missions des troupes armées sur le terrain sont difficiles et les résultats ne sont pas probants. Ils ne démontrent pas une prise de contrôle effective des villages et des territoires Talibans malgré des dizaines de milliers d’hommes et de matériels supplémentaires conduit par l’élite de la stratégie contre insurrectionnelle américaine.

Au niveau diplomatique, le président Karzai semble douter sérieusement de la capacité des US et des pays engagés à lutter efficacement contre l’influence des Talibans et du Pakistan. Ces deux acteurs deviennent de ce fait des interlocuteurs politiques incontournables. Toujours d’après le New York Times (http://www.nytimes.com/2010/06/13/ world/asia/ 13afghan.html ?_r=2&ref=asia), il aurait demandé de retirer le Mollah Omar de la liste des terroristes de l’ONU.  L’apparition de la nouvelle de l’eldorado minéral d’Afghanistan dans le New York Times apparaît dans ce contexte diplomatico-militaire comme une campagne de communication stratégique visant à ranimer l’intérêt et la solidarité des pays engagés sur le terrain. Face à une difficulté avérée sur le théâtre d’opération, l’objectif de la campagne de communication stratégique est de modifier la perception de cet obstacle.

 

En suivant le journal américain, les réserves de cuivre, de fer et lithium (sans parler des métaux rares) seraient impressionnantes. Ce qui est surprenant c’est le timing de ces révélations. En effet, les géologues américains, britanniques et afghans sont au courant de ces richesses depuis au moins l’année 2007. L’association américaine US Geological Survey (USGS) met à disposition les images des campagnes scientifiques sur le site web dédié à la publication des résultats.

 

 

http://afghanistan.cr.usgs.gov/index.php

Ce décalage entre la chronologie des faits et la diffusion des informations est le premier signe d’une campagne de communication stratégique. Une enquête approfondie du magazine Foreign Policy et de Link TV fait apparaître que cette nouvelle est le résultat d’une campagne media lancée par le Pentagon (Paul Brinkley directeur de la Task Force for Business and Stability Operations – TFBSO) afin d’aider le gouvernement afghan à développer ses ressources. La théorie soutenant cette démarche est celle de la concomitance du développement économique, de la démocratisation et de la « pacification » de la société civile. Lorsque l’économie se développe, les institutions politiques et la société civile font de même. Le second signe d’une campagne de communication stratégique peut être décelé via le chemin de diffusion de l’information.

Cette campagne médiatique suit le schéma convenu de la communication stratégique. Il s’agit d’utiliser des faits établis et de les utiliser pour produire un effet sur une audience ciblée. La difficulté consiste à élaborer cet effet. Dans notre exemple, le concepteur de l’information est la Task Force TFBSO du Pentagon.  Il n’apparait pas clairement dans la diffusion de l’information. Il n’est pas mentionné dans l’article du New York Times qui a lancé la campagne média.

   

Le concepteur de la campagne média sur les richesses minérales de l’Afghanistan (http://tfbso.defense.gov/)   

L’information doit être ensuite publiée dans la sphère publique. Deux moyens sont offerts : la publication confidentielle ou l’utilisation d’un grand média. Dans le premier cas, c’est la répétition et la diffusion de l’information qui lui donne sa crédibilité. Le facteur qui contribue à sa diffusion c’est la soi disant confidentialité, donc l’importance, de l’information économique ainsi transmise. Dans le second cas, celui de notre exemple, le grand media choisi est le New York Time.

Emetteur de la campagne à destination de l’opinion publique

 (http://www.nytimes.com/2010/06/14/ world/asia/ 14minerals.html ?ref=global-home)

L’avantage du grand média c’est qu’il touche directement l’opinion publique. Il a l’avantage de fournir immédiatement la crédibilité nécessaire ce qui accélère la diffusion de l’information à toute la sphère publique. Comme par exemple la reprise de l’information par The Independant :

 Un relayeur parmi d’autres, de la diffusion de l’information de la campagne média 

La reprise et la diffusion dans la sphère publique de l’information sont un processus exponentiel. Plus elle est diffusée, plus « on en parle », plus elle est vraie et importante. Ainsi, l’existence d’un concepteur peu visible, d’un émetteur très visible et de multiples relayeurs "périphériques" sont les pivots essentiels à une bonne campagne de communication stratégique. La difficulté est de trouver les bons arguments pour obtenirl l’effet escompté au près des audiences ciblés.

Dans notre exemple, l’objectif est de sensibiliser les opinions publiques pour qu’elles supportent les dirigeants des pays intervenant en Afghanistan. L’argument étant que le développement économique est le meilleur moyen de réduire l’influence des Talibans. Cette communication stratégique a pour objectif de gagner le support des populations  pour soutenir les pays de l’OTAN et le gouvernement afghan dans leurs efforts de sécurisation des institutions gouvernementales.

Ce qui est nouveau c’est l’instrumentalisation de la présence de ressources minérales pour convaincre les acteurs que l’Afghanistan peut être stabilisé. En effet, les affres du Soudan, les difficultés du Nigeria ou de l’Irak et de tant de pays fournisseurs d’énergie ou de matières premières ne semblent pas offrir d’arguments convaincants quant au rôle pacifique des matières premières pour la stabilisation et la démocratisation des Etats. Cela parait même être le contraire ! 

La globalisation avait laissé croire que le développement de la démocracie et du marché étaient corrélés. Le développement économique est un facteur difficile à coupler avec le développement des institutions gouvernementales. C’est bien souvent celles-ci qui doivent pré exister à celui-là donnant dès lors un rôle important à l’existence préalable d’un fort sentiment national, n’est ce pas, finalement, ce qui fait défaut à l’Afghanistan ?

Au contraire, cette campagne médiatique n’est elle pas un moyen de dire à la Chine et au Pakistan de conclure une alliance avec les Talibans en contre partie d’une exploitation « bien comprise » de richesses minérales du pays ?           

 

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