Relations Internationales

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Résumé : Les réseaux sociaux ou l’infrastructure de la société civile

Ecrit par 015035 le 28 septembre 2010

Qu’il s’agisse de menace terroriste ou bien de lobbying d’ONG, la structure commune de ces acteurs de la société civile est celle des réseaux sociaux. Le concept clé de cette structure est celle de lien faible (weak ties) qui explique sa dynamique et son rôle dans les rapports de force entre les acteurs de la société internationale. L’importance de ce concept fut identifiée par le sociologue Mark S. Granovetter en 1973 dans une publication, The Strength of Weak Ties, de l’American Journal of Sociology (vol 78 n°6) dont je vous propose le résumé suivant. Cet notion de lien faible est devenu le moteur de la dynamique de la société civile du fait du développement des réseaux de communication via Internet, Facebook, Twitter, etc. qui permettent à tout un chacun d’établir des liens faibles avec un grand nombre d’interlocuteurs dans de multiples réseaux sociaux

Représentation d’un réseau social pour un analyste politique

La problématique abordée est comment articuler les interactions sociales à un niveau individuel ou entre des petits groupes et les comportements sociaux à une échelle plus importante. Ces comportements impliquant un nombre important de personnes tel qu’il s’agisse de mouvements sociaux. L’analyse des réseaux interpersonnels nous permet d’établir ce lien entre les comportements microsociaux et les schémas macro sociaux. Plus précisément c’est la force des liens interpersonnels et l’analyse de la structure des réseaux interpersonnels qui permet d’établir une relation entre les échanges interpersonnels à un niveau microsociologique et des phénomènes sociaux tels que la cohésion sociale, la mobilité sociale ou la capacité de réaction d’une société face à un défi. 

 La force des liens 

  La force d’un lien interpersonnel est la combinaison du temps passé ensemble entre les acteurs, de l’intensité émotionnelle partagée, de la confiance mutuelle développée et des services échangés qui caractérise ce lien. Un tel lien peut être fort, faible ou absent. 

  L’hypothèse qui nous permet de relier une interaction entre deux acteurs, un lien dyadique A-B, avec une structure plus large A-C,…,D-E-B est : plus le lien A-B est fort, plus le nombre d’individus sur le chemin C,…,D-E auquel A et B seront liés est important, ces liaisons peuvent être forte ou faible. Cela provoque des recoupements dans les réseaux de liens qui s’établissent. Plus les liens se renforcent, par le nombre d’échanges et de services, plus le nombre de personnes incluses dans le réseau devient important. 

  Il faut ajouter que plus le lien entre deux individus est fort et plus ils sont similaires. Ainsi, si A-B et A-C sont des liens forts, alors B-C est un lien fort est A, B et C seront similaires ce qui accroît la probabilité d’une amitié partagée. Réciproquement, si A-B et A-C est faible, il devrait en être de même pour B-C qui devient moins probable. 

  Les liens faibles et le processus de diffusion d’informations 

Un premier constat est tiré de l’analyse précédente. En effet, lorsque nous avons la configuration suivante de deux liens forts : A-B et A-C alors nécessairement, dans le temps, nous avons aussi la relation B-C. La triade suivante est donc interdite :

La triade interdite C-A-B

 

Les processus cognitifs d’échange d’information conduisent à l’existence d’une relation B-C au moins faible. Du point de vue structurel, un pont est un chemin dans un vaste réseau qui représente l’unique passage possible lorsque deux nœuds A et B communiquent. Le chemin A-…-B est la seule route qui permet un envoi et/ou une réception d’information entre un contact de A à destination d’un contact de B. Compte tenu de ce que nous avons constaté sur la triade interdite, il n’est pas possible qu’un pont soit un lien fort, il y aurait alors une clôture qui ouvrirait plusieurs chemins de communication, il s’agit nécessairement d’un lien faible.La valeur d’un lien faible dérive alors directement de sa position particulière dans la topologie du réseau, il constitue un pont, donc un passage qui peut causer beaucoup de dégât au processus de transmission d’information s’il est retiré.Ainsi, quelque soit le message à diffuser ou les comportements à promouvoir, pour atteindre un large nombre de personnes, il est préférable de travailler à travers des liens faibles plutôt que des liens forts. 

  Les liens faibles dans les réseaux personnels 

  Une première conséquence est l’utilité très forte des liens faibles dans le fonctionnement des réseaux personnels, notamment pour la mobilité professionnelle. C’est eux qui transmettent l’information la plus riche et la plus intéressante concernant des opportunités nouvelles de poste offrant des évolutions de carrière intéressante. 

  Les liens faibles et l’efficacité des organisations 

  Pourquoi certaines communautés s’organisent facilement et efficacement pour atteindre leur objectif commun tandis que d’autres semblent incapable de se mobiliser, même contre des menaces existentielles ?  Ici encore, les liens faibles sont une caractéristique intéressante de ces communautés. Même si les media de masse rendent chacun conscient d’un danger ou d’un obstacle, les individus ont besoin d’obtenir ces mêmes informations via des liens personnels afin d’agir.Si la prise de conscience est forte au sein d’un petit groupe fortement liés, une clique dans la théorie des graphes, il est nécessaire que ce groupe soit faiblement lié à d’autres groupes afin de diffuser cette prise de conscience. Sans cette diffusion, la prise de conscience doit être simultanée dans chaque groupe indépendant. 

Le problème de la confiance dans les leaders trouve ainsi un développement nouveau. Le leadership est la capacité à anticiper et à agir sur les représentations en fonction des difficultés. La fragmentation d’une organisation, quand elle est trop importante, en réduisant le nombre de liens d’un dirigeant à ses collaborateurs potentiels inhibera ses capacités de conviction au-delà de son cercle proche.

L’une des nombreuses études confirmant les caractéristiques des liens interpersonnels et la dynamique des réseaux sociaux

  Le développement des moyens de communication offre une observation des caractéristiques des liens faibles et forts de M. Granovetter. Ainsi, l’étude « Structure and tie strengths in mobile communication networks » (http://arxiv.org/ abs/physics/0610104) à partir des bases de données des téléphones mobiles et des échanges d’email, qui contiennent des enregistrements détaillés des interactions humaines via les outils de la mobilité à confirmer l’importance relative des liens. A partir de ces données brutes, les schémas d’interactions peuvent être modélisés pour des millions d’interactions. Le résultat de cette étude est la nature forte des liens interpersonnels à un niveau local des réseaux et la nature faible des liens entre les sous réseaux. En terme de robustesse, la conséquence est la résistance du réseau à la suppression de quelques liens forts, alors que la suppression de quelques liens faibles conduit à sa fragmentation et à la diminution de sa capacité à agir.

 

 

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