Résumé : Inside Job

19 juin, 2018 | Economie Politique Internationale  |  Commentaires fermés sur Résumé : Inside Job

Le documentaire de Charles Ferguson « Inside Job », qui a reçu l’Oscar du meilleur film documentaire 2011, décrit avec un soucis pédagogique les mécanismes des marchés financiers qui ont conduit à la crise systémique de 2008. Afin de comprendre les enjeux de politiques de ces mécanismes, dont les conséquences sont généralement structurantes pour les relations internationales, je vous propose un résumé de ce film.

INSIDE

La thèse soutenue est « en quelques années, les mécanismes des marchés financiers peuvent détruire une société développée ».

Plus précisément, le mécanisme ciblé par l’auteur est celui de la création de dettes favorisée par les banques et les institutions financières internationales. Ensuite, cette dette privée est transférée aux Etats lors d’une crise systémique inéluctable car une économie de marché ne peut pas fonctionner sans banques pour gérer le crédit. Finalement, les populations sont contraintes par les Etats, à travers les leviers de la politique économique, à rembourser cette dette publique sans avoir réellement bénéficié de la richesse crée par celle-ci. La conséquence politique de ce mécanisme est peut être positive : aujourd’hui, il ne peut plus y avoir de nouvelle crise financière systémique car elle légitimerai  la violence à l’encontre des banques et des institutions internationales ce qui conduirait les Etats à prendre la main sur ces institutions financières comme pendant le New Deal.

L’événement déclencheur de la crise systémique fut la faillite de la banque Lehman Brother le 15/9/2008 et le rachat de Meryll Lynch et le renflouement de l’assureur AIG . La conséquence économique de cette crise des marchés financiers est une disparition de $10 trillions d’actifs financiers et de 30 millions d’emplois dans l’économie globale.

Le facteur contributif principal à cette catastrophe financière est l’absence de contrôles sur les transactions entre les acteurs du secteur financier. Depuis la législation du New Deal, le Glass Steagall Act de 1934, il n’y a pas eu de crises financières systémiques jusqu’en 1981. A partir de la révolution libérale des années 1980 lancée par le président Ronald Reagan, la dérégulation à complètement modifié la structure des banques et des assurances. Paul Volcker à la tête de la FED a contribué à ce changement structurel jusqu’en 1987 avec l’aide du Secrétaire au Trésor Donald Regan qui a ouvert une période de 3 décennies de dérégulation. Alan Greenspan a pris le relais en 1987 à la tête de la FED, puis avec l’administration Clinton, le secrétaire au Trésor Larry Summers et le National Economic Adviser Robert Rubbin ont mis en place la nouvelle législation. A l’occasion de la fusion entre Citicorps et Travelers en 1998 pour créer Citigroup le nouveau cadre réglementaire en 1999, le Gram Leach Bliley Act a mis fin aux contrôles structurelles qui limitaient les services financiers.

Celui-ci a mis fin à la séparation entre les banques d’affaires et commerciales. Elles ont ainsi obtenus de nouveaux moyens d’investir sur les marchés financiers. Cela a entraîné la croissance très importante du secteur financier où le salaire moyen est monté à $100 000 en comparaison des $50 000 pour les autres secteurs de l’économie. C’est le thème du film « Wall Street » avec Michael Douglas en 1987. La dérégulation a accru le niveau des investissements et le secteur financier a prit des risques toujours plus important afin de s’assurer un retour de profits conséquent. Les risques sont devenus progressivement systémiques. Les acteurs financiers ont dépensé presque $5 milliards de lobbying pour accompagner ces changements par le législateur entre 1998 et 2008 ce qui traduit l’accroissement de l’influence politique de ce secteur.

Cette dérégulation a conduit à une structure oligopolistique du secteur financier. En 2001, il était dominé par 5 banques : Goldman Sachs, Morgan Stanley, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Bear Stearns. 2 Conglomérats financiers : Citigroup et JP Morgan. 3 sociétés d’assurances, AIG, MBIA et AMBAC et 3 agences de notation : Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch.

Plus précisément, les banques ont permis aux ménages américains les plus précaires d’accéder à des crédits immobiliers garanties par la valeur du bien ainsi acheté, les subprimes. Entre 2000 et 2007 les prêts subprimes sont passés de $30 milliards à $600 milliards. Cet afflux de crédit a favoriser la hausse injustifiée des prix de l’immobilier qui ont doublé entre 1996 et 2006. Les institutions de crédit afin de répartir le risque ont  titrisé ces prêts sur les marchés financiers au près de tous les acteurs des marchés financiers. De plus, des produits dérivés ont été développé et vendu afin de couvrir le risque de défaillances de ces titres financiers. Lehman Brother était le plus gros fournisseur de prêts subprimes et AIG celui de couvertures. L’absence de réglementation a permis à des spéculateurs d’acquérir ces couvertures sans avoir de titres liés aux subprimes et AIG n’avait pas de contraintes légales de provisions sur ces couvertures. La prise de risque était ainsi encouragée !

Mais la défaillance des ménages américains précaires mettait en péril l’ensemble des acteurs financiers. Lorsque la spéculation du marché immobilier a commencé à ralentir, tous les acteurs ont pris conscience de leur vulnérabilité. La détention des titres et des couvertures était une vulnérabilité partagée par tous les acteurs financiers, ils ne pouvaient plus se faire confiance les uns les autres. Ce risque financier systémique  n’était plus sécurisé. Ainsi, les banques ont arrêté de se prêter pour assurer leur liquidité. Elles ont alors vendus des actions saines sur les marchés financiers pour obtenir les liquidités dont elles avaient besoin pour leur fonctionnement quotidien. Ce qui a conduit à la baisse du cours des entreprises. Lorsque Lehman annonce une perte de $3.2 milliards, la faillite de l’une des 5 plus grosse banque du secteur financier américain a induit une crise de confiance interbancaire générale.

Les entreprises américaines, tel que General Motor, en difficulté ont licencié ce qui a amplifié les défections des ménages les plus précaires. Les consommateurs américains basculent dans le chômage qui réduit la consommation. Les propriétaires non solvables ne rembourse plus leur prêt immobilier, le risque de défaillance est avéré.

SUBRIME

Mais, les risques financiers sont garantis en dernier recours par l’Etat qui doit assurer la survie d’un système financier incontournable dans une économie de marché. Ainsi, le président Obama a dû gérer cette crise systémique dès le début de son premier mandat. Mais les hommes qu’il a choisit, s’ils connaissent parfaitement le système financier sont là pour assurer sa simple survie. Tim Geitner le Secrétaire au Trésor est un ancien président de la FED, Emanuel Rahm est un ancien de l’assureur Fredie Mac, Martin Fieldstein et Laura Tysan sont des économistes qui ont accompagné la dérégulation des marchés financiers, c’est aussi le retour de Larry Summers !  Ainsi, la place, le rôle et le mécanismes de marché sont toujours similaires à la période précédente et le cadre législatif ne traduit aucun changement structurel.

L’ingénierie financière a permis de diffuser un risque de défaut de paiement sur des crédits immobiliers à travers les marchés financiers ce qui a fragilisé toutes les banques. Ce phénomène a démontré l’incapacité du système financier américain, dominant à l’échelle globale, à gérer le risque associé à ses activités. C’est une atteinte à sa légitimité en tant qu’acteur de l’économie. La crise systémique était prédite depuis 2005. Ce krach a illustrer l’absence de volonté politique américaine de contrôler les acteurs de son système financier avec des conséquences globales.

Cette légitimité du système financier avait été construite par les économistes. Leur posture politique en faveur de la dérégulation et de la libéralisation a montré la faible scientificité de leurs travaux et des théories économiques. Les revenus financiers que certains économistes dans les universités américaines les plus prestigieuses ont tirés de cette posture a surtout montré leur incapacité à se comporter comme une communauté épistémique légitime dans le débat scientifique.

Les acteurs économiques sont de facto dans un environnement où plus aucune institution, l’Etat, les banques, les économistes, ne sont légitimes pour élaborer les normes des activités économiques globales. Comme cette perte de légitimité touche les acteurs américains, c’est la légitimité de l’hegemon américain et son rôle dans la globalisation qui s’effondre pendant la décennie suivant cette crise.

En effet, le caractère global de l’économie conduit en 2008 à une dépression mondiale. Face à ce mouvement les dirigeants chinois ont lancé le plan de relance le plus important de toute l’histoire économique. Le projet stratégique des routes de la soie est sans doute un bénéficiaire important de ce plan qui traduit à changement stratégique significatif des grandes puissances similaire au basculement du Japon en 1931 après la crise financière. Les institutions financières telle que la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures sont ainsi légitimé et le développement des échanges en dehors du dollar avec la création de partenariat diplomatico-économique est une alternative plus sûre à la globalisation des marchés dérégulés. La multipolarité économique est une conséquence directe de la crise systémique de 2008 qui révéla, une seconde fois, le danger structurel de la globalisation dérégulée des marchés.

 

 

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